Histoire du mariage chrétien

 

Pendant le premier millénaire, le mariage des baptisés, comme celui de tous les citoyens, est réglé et pris en charge par la société .
Les chrétiens des trois premiers siècles se marient "comme tout le monde", selon les coutumes et les lois en vigueur(en refusant toutefois les dispositions du droit romain contraires à leur foi : exclusion des esclaves du mariage, divorce). Les prières et offrandes aux idoles sont remplacées par l'action de grâces au Père de Jésus. Par ce biais, le prêtre entre dans la maison des chrétiens.
Au IV° siècle, avec l'empereur Constantin, le christianisme devient religion d'État. Les baptêmes se généralisent sous la pression sociale et non plus sous l'élan de la foi. Le mariage religieux n'est pas encore inventé mais les hommes d'Église se mettent à évangéliser le mariage civil (alors que divorces, remariages, situations ambiguës se multiplient).
Le caractère indissoluble du mariage n'est pas encore formulé avec la rigueur actuelle : hormis saint Jérôme et saint Augustin, les Pères de l'Église, aux IV° et V° siècles, permettent par exemple au mari d'une femme adultère de divorcer et de se remarier sans commettre de faute ni encourir de sanction ecclésiastique. Du IV° au IX° siècles, le Pères et les conciles rappellent sans se lasser l'indissolubilité du mariage chrétien formulée par Jésus mais ils n'en traitent pas moins avec miséricorde les situations marginales auxquelles ils se trouvent confrontés de plus en plus.

Pendant le second millénaire, on assiste à un changement de juridiction : c'est l'Église qui gère et prend en charge le mariage des baptisés (c'est à dire bientôt de tout le monde) et la société civile en reconnaît la validité sociale. Dans cette situation de chrétienté, sans qu'il n'y ait jamais de vérification effective de la foi, tous les baptisés se marient à l'église et doivent y faire baptiser leurs enfants, lesquels pourront et devront à leur tour se marier religieusement etc. L'Église a de la sorte une mainmise totale sur la société et réalise une étroite collusion avec le pouvoir politique.
Dans l'Antiquité grecque et romaine, la procréation des enfants était le seul but du mariage, Empruntant à la société environnante le rapport à la procréation comme critère de la moralité de l'union. l'Église n'a pas réussi à en changer effectivement la nature : elle a mis le mariage au service de la procréation, sans se préoccuper outre mesure du lien affectif des époux, du bien de la communauté conjugale.

Les noces villageoises de Bruegel le Jeune

De cette vision nataliste des choses découle la grande méfiance de l'Eglise envers la sexualité, indissociable du couple. C'est pourquoi dans un premier temps, le mariage n'est pas reconnu comme un sacrement. C'est principalement par l'intermédiaire de la liturgie de la consécration des vierges que l'Église prendra conscience que le mariage est aussi un sacrement : elle découvre en effet dans ces deux situations, vie monastique et état conjugal, deux participations complémentaires aux Noces du Christ et de l'Église-Épouse.

Le concile de Trente (1545 - 1563) proclamera cette conception du mariage-sacrement et canonise les trois "valeurs" du mariage : les enfants, la fidélité et l'indissolubilité. Pour lutter contre les unions clandestines jusqu'alors validement conclues par le seul échange des consentements en l'absence de témoins, le concile subordonne aussi la validité du mariage à la présence du curé compétent flanqué de deux témoins.

La Révolution française, puis la séparation de l'Église et de l'État, seront ensuite les étapes d'une guerre entre les deux "pouvoirs", aboutissant à l'actuelle situation où les baptisés se marient deux fois, d'abord à la mairie et ensuite à l'église.

Plus près de nous, le second concile du Vatican (1962-1965) a, entre autres choses, éclairé d'un jour nouveau le sacrement de mariage : il n'est plus fondé sur la seule procréation mais aussi sur le plein amour et le bonheur des époux. L'Eglise comprend aujourd'hui la sexualité, non comme une fonction strictement procréatrice, mais plus largement comme un langage, un signe de l'amour, un moyen de communication et d'union affective entre les époux.

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